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La vérité est comme les fesses, on est obligé de s'asseoir avec

06 août 2007

L'HOMME AFRICAIN


Retour sur le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar: Un intellectuel français s'insurge

   

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Ainsi donc, le déterminisme de la pédophilie était un signe avant-coureur, une mise en jambe de campagne avant les choses sérieuses. Dans une allocution sidérante prononcée à Dakar, Nicolas Sarkozy qui ose tout, et c’est à cela qu’on le reconnaît, a dévoilé le fond d’une pensée qui, si les mots ont un sens, est la parole officielle française la plus raciste depuis longtemps. Chimiquement pure.

Ainsi donc, «le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain [.] dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, [ il ] reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.» Nous y voilà. La chaleur, le rythme des saisons.

Nicolas Sarkozy a oublié de concéder que dans cet océan de médiocrité, l’Africain, au moins, avait le rythme dans la peau et courait vite. Le tableau aurait été parfait. Une typologie lamentable, qui n’est même pas du néocolonialisme mais du bon vieux colonialisme à l’ancienne, à la Jules Ferry. Car à quoi servent ces considérations d’arrière-zinc ? A parler de la colonisation bien évidemment. Oh, certes, cruelle ! Mais que l’on se rassure, si terrible qu’elle soit, la colonisation a «ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’Histoire». On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Ces mots ont été prononcés par notre plus haut représentant. En notre nom. Mais depuis combien de temps ne parle-t-on plus comme cela ?

Doit-on rappeler au président de la république  ces propres mots, prononcés quelques jours plus tôt au Mémorial de la shoah, ces mots justes et pertinents, s’inscrivant dans la lignée de ceux de Jacques Chirac : ne jamais oublier, assumer sa part de responsabilité. Pourquoi à Paris ces mots forts qui insistent sur la permanence de la mémoire, et en Afrique ces mots veules qui font de la mémoire des crimes de la colonisation une réalité que l’on concède du bout des lèvres, pour aussitôt appeler à ne pas s’y complaire. Est-ce trop demander, au XXIe siècle, que d’attendre d’un président un minimum de cohérence ?

Ces mots dessinent-ils le portrait d’un raciste fanatique ? Non bien sûr. Notre Président ne se lève pas le matin en maudissant les Africains. Mais cela ne suffit pas à l’absoudre, tout comme il ne suffit pas d’emmener Basile Boli pour faire passer la pilule. Et être capable de prononcer un discours sur l’homme Africain, et de toutes ses supposées tares de même que l’on incline à penser que l’on naît pédophile, c’est incontestablement s’inscrire dans une anthropologie raciste, une vision rancie et fermée du monde, où l’Europe civilisatrice et l’Afrique éternelle se regardent en chiens de faïence. Cruelle déception pour tous ceux qui, indépendamment du reste, pouvaient espérer de la France  qu’elle passe un cap. Solidement ancrée sur sa vigilance face aux aventures impériales états-uniennes, elle avait en revanche donné trop souvent l’impression d’être frileuse sur les droits de l’homme, officiellement au nom du très chiraquien «respect de la différence» pour les régimes en place.

Nicolas Sarkozy, dans son discours au soir de son élection, s’étant présenté comme le président des droits de l’homme (du moins à l’étranger) on pouvait espérer de sa part une audace, puisée aux sources du libéralisme politique, qui aurait permis de rompre avec le paternalisme gaulliste, sans renouer pour autant avec l’impérialisme. On assiste avec stupeur à une régression inattendue qui ne manquera pas de nous isoler encore plus aux yeux de nos partenaires africains. Cette parodie de discours prétendument direct, qui s’autorise toutes les outrances sur la base de sa sincérité autoproclamée, est une marque d’infamie.

Reste une question. Dans un pays normal, ces propos devraient mettre le feu au débat. Mais en ces temps où il est de bon ton d’être décomplexé, tout devient possible, comme dirait l’autre. Mais, citoyens, commentateurs, représentants, qu’auriez-vous dit si ces mots, ces catégorisations pitoyables et scandaleuses, étaient sortis de la bouche d’un Le Pen ? A quels feux croisés aurions-nous assisté ! Mais non, l’indignation de la presse sénégalaise semble n’avoir eu d’égal que le silence incroyable de tout ce que nous pouvons compter d’intellectuels, de ligues de droits de l’homme.

Thomas Heams (maître de conférences en génétique à Paris) in Libération, 02 août 2007 

Source: Saoti Blog.

Posté par MBOA à 19:54 - VU et LU ailleurs - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

    les nouveaux sous hommes européens

    Mais vous voyez pas que c'est Max Gallo qui s'est pourlécher et qui est allez lécher la porte de l'Elysée pour être le favoris ce jour là pour écrire le discours à Dakkar de notre incultissime Président.

    Ca pue le Max Gallo à 5000 km ce discours.

    Ce type devient complètement dingue!
    Encore ce dimanche matin sur "France de L'inculture", dans une émission sur la colonisation ou seuls des nostalgiques du bon temps du bon Négre ont droit à la parole, ce type, Gallo, qui vire de plus en plus dans les abimes de fosses à merde, déclare à peu près ceci :
    " ...il faut se rappeler que, quand les militaires francais sont arrivés en Afrique, ils ont été horrifiés en voyant dans les villages, des restes de membres en train de sécher..."

    Je vous jure, j'invente rien, ce type devient fou, il se saoule avec des énormités d'une soit disant pensée qu'il aurait créee!
    En fait, ce genre de type n'est qu'un petit sergent chef qui se prend pour un penseur reconnu, et créateur.

    Mais qui connait Max Gallo dans la famille Mussolini?

    Posté par Phil, 06 août 2007 à 21:17
  • Moi j'en veux meme pas á mister 53%, plutot á cet idiot de Wade et á toutes ces grosses merdes de la france á fric,qui ne se sentent meme pas heurtées par ces propos ignobles.

    Posté par Natty dread, 06 août 2007 à 21:46
  • Le discour de sarko en afrique m'ont choqué, si les dictateurs africains léche c... ont participé à l'humiliation de leur propre peuple,en tout cas les grands penseurs,philosophes et intelectuels africains se sont et sont révoltés par ce discours négrophobe et raciste par le président pas de la république mais du sionisme. Pourquoi n'a t'il pas tenu le même discours au mémorial de la shoah. Ah si lepen avait tenu 1% de son discours cela aurait fait un boum médiatique dans le monde entier. Ce président me donne la nausée il a les mains sales

    Posté par édantia, 07 août 2007 à 00:31
  • Edantia,

    Vous savez bien que Lepen est l'argument tout trouvé par la classe dirigeante négrophobe pour distiller son racisme sous le manteau de l'égalité.
    C'est ce que je dénonçe ici:http://mboangila.afrikblog.com/archives/2007/06/20/5737173.html

    Posté par MBOA, 07 août 2007 à 21:04
  • ça se passe chez nous !

    "le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire"
    Deux nuls : celui qui a écrit ce texte et celui qui le répète. L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire ?! C'est hallucinant, là c'est grave et la suite n'est pas mieux ! Certains doivent se retourner dans leur tombes. Ils sont en train de dijoncter, l'air des hautes sphères les grisent. Si l'Education Nationale veut se rendre utile ce serait de faire grève pour demander une révision complète de nos manuels scolaires d'Histoire !

    Posté par coolzen, 08 août 2007 à 15:59
  • C'est à ça qu'on le Reconnait...!

    "Sarkozy ose tout, et c'est même à ça qu'on le reconnait". On ne peut mieux résumer! Ce qui ressort de ces premiers actes de Sarkozy, c'est que la rupture promise est bien adressée aux peuples africains et non pas aux dictateurs potes des "intérêts" français. Faut-il s'en étonner, que Sarkozy choisisse comme toujours de s'associer au camp du plus fort? Ses critiques vont droit au peuple Africain...! Encore une fois, la LOGORRHEE soit-disant "décomplexée" de Sarkozy a un avantage: ici elle montre bien à quel point le sort de l'Afrique demeure entre les mains de fous-furieux pétris d'arrogance, de mépris condescendant, de cynisme ( et d"amitié"...) et qui habituellement cachaient bien mieux leur jeu.
    Avec Mitterrand, il fallait s'accrocher pour le surprendre à avouer: « Un génocide dans ces pays là, ce n'est pas trop important », mais avec l'empressé Särközy au-moins, à peine a-t-il parlé qu'on sait à quoi on a affaire.
    Le SILENCE généralisé des intellectuels français qui s'ensuit en dit long à sa façon lui aussi.

    Avec un jeu aussi tranché, désormais c'est plus facile de Reconnaïtre qui est qui, et d'agir en fonction.

    Posté par Swift, 08 août 2007 à 22:23

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