Esprits Libres: votre Magazine QUESTION D'ILLUSTRATION: Barbarie ou pénurie des mots ? - MBOA

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La vérité est comme les fesses, on est obligé de s'asseoir avec

05 septembre 2007

QUESTION D'ILLUSTRATION: Barbarie ou pénurie des mots ?

rober

Pour célébrer l’entrée dans le dictionnaire édition 2008, mieux, pour faciliter la compréhension du nouvel élu, les sages de « Robert » ne se sont pas contentés d’une définition abstraite. Par amour et compassion pour les simples d’esprits, ils ont facilité celle-ci (compréhension) par une phrase illustrative. Ainsi ceux qui auraient la difficulté de se représenter « rebeu » donc Beur en verlan, auront comme support, une phrase qui à coup sûr, permettra de ne jamais oublier que finalement beur rime avec souffrance. Quel esprit fécond et fécondant de nos amis français. «T’es un pauvre petit rebeu qu’un connard de flic fait chier ».

Que se cache derrière cette illustration qui induirait si l’on manque de vigilance, à croire que subitement, les beurs sont montés dans l’estime de l’idéologie et qu’ils feraient l’objet de tous les égards contre une police de plus en plus décomplexée.

Cette illustration par la péjorative, n’est en soi, pas une innovation. Nous savons que le mot « Noir » est en lui un classique en matière d’illustrations péjoratives. Ce qui est triste c’est que les individus dits « Noirs » répètent ces exemples comme atteint d’un psittacisme collectif. « Marché noir », « broyer du noir » etc….

Si l’on inscrit Le «T’es un pauvre petit rebeu qu’un connard de flic fait chier », dans l’analyse de la société actuelle, il n’est pas faux d’illustrer le mot « beur » par cette phrase. Je dirai même que les « sages » de Robert ont une lecture juste et réelle de la société française et des rapports existants entre la police nationale et les ressortissants "beurs". La police nationale française s’est, depuis quelques années maintenant, spécialisée dans l’infantilisation et le dénigrement systématiques des individus appartenant à ce qu’il est convenu de nommer les populations immigrées.

Ainsi, vous verrez un jeune policier à peine à l’âge adulte, apostropher dans un tutoiement exacerbé un homme ou une femme d’un âge avancé issu(e) de l’immigration non blanche avec une aisance et une facilité déconcertantes. Avec l’ère "Sarkozy", le zèle de cette police s’est accru et aussi sa capacité à faire "chier" tout individu non "blanc" au-delà même du cadre légal de ses prérogatives.

Mais faut-il faire confiance aux "sages" de Robert et leur accorder le rôle de sonneurs d’alarme contre cet extrémisme galopant d’une police de plus en plus décomplexée ou alors se méfier de "l’évidence" à priori de cette illustration. La seconde thèse est à privilégier.

Comme nous le signalions plus haut, sur un plan purement éthique et idéologique, pas surprenant qu’une fois de plus, ceux qui se portent comme les garants des livres de connaissances, une fois de plus respectent la logique qui a toujours été la leur. L'on ne se renie pas aussi facilement, surtout lorsqu'il s'agit de question existentialiste et qui détermine les rapports avec les autres.
Le Beur comme le Noir, dans l’inconscient collectif du français, sont des sauvages, des succubes c’est-à-dire ceux qui déstabilisent, destructurent et dénaturent même les fondements de la société française.

Faire parler un policier en verlan ici est l’illustration même de l’apport (dénaturation, déstructuration)   "négatif" de l’immigré à la société française. Ce policier virtuel qui se qualifie lui-même de "connard", ne fait que retransmettre la considération prêtée (à tort ou à raison) aux jeunes, qu’ils ont de la police de ce pays. Ainsi, les sages de Robert alertent l’opinion française blanche : Voyez-vous comment ils considèrent ceux qui sont chargés de la protection de notre territoire et de nos personnes ? Pour ces beurs, nos policiers, ne sont que des connards. Voila ce qui est dit dans la phrase illustrative. C'est dire le tact et la finesse dans l'art du subliminal chez nos amis les "sages" du Robert.

Le flic virtuel ne s’arrête pas là, il renvoit donc aussi l’image que l’opinion française a du jeune beur et de l'immigré en général à savoir : un pauvre, un indigent, un gueux dans tous les aspects de la vie.
L’immigré est associé directement dans l’inconscient collectif français à la pauvreté. L'immigration dans l'imagerie populaire, renforcée par la manipulation politique est la synonymie de l'indigence. Pauvreté morale, intellectuelle et disons le, misère économique. En tout immigré réside un pauvre économique qui vient subtiliser au français moyen, ce que le système lui réserve. C'est par on ne sait quelle "pudeur", on ne l'associe pas au vol. en tout immigré "non blanc" réside un potentiel voleur des biens d'un Français.

Alors, céder à la tentation de croire que le "pauvre beur" ou immigré non blanc tout cours est devenu la cible de compassion des idéologues, serait se tirer une balle dans le crâne, car les évidences ne sont pas aussi évidentes. La haine latente que couve cette "illustration" est la même qui a construite les expressions sur les Noirs et entrées dans les mœurs.

Posté par MBOA à 13:57 - COMME JE LE PENSE - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

  • Bravo mister MBOA t'as parfaitement resumé la psychologie de 90pour cent des pliciers et disons 70 pourcent de celle de la population francaise blanche.

    Posté par Natty dread, 05 septembre 2007 à 14:31
  • Excellente contribution

    Je vous lis très souvent et je suis toujours impressionné par la qualité de vos articles, que je trouve assez élaborés et décrivant la réalité.
    Bravo.

    Posté par Anonyme, 05 septembre 2007 à 19:29
  • "C'est dire le tact et la finesse dans l'art du subliminal chez nos amis les "sages" du Robert."
    Tout est dit. Magistral!

    Posté par Philippe, 06 septembre 2007 à 10:17
  • Bien dit !

    Mboa,
    je rentre de vacances et je trouve que tu cognes de plus en plus fort et avec la justesse de l'analyse.
    Excellent travail man!

    Posté par Matumba, 06 septembre 2007 à 20:48
  • Je tombe des nues

    Ils ont osé?!? Décidément ils arrivent encore à me surprendre. Alors comme ça, dans l'antre du savoir objectif, rebeu = problème avec la police ?! Elle est pa de Césaire celle-là.

    Posté par Swift, 07 septembre 2007 à 11:36

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