19 juin 2008
Jusqu'où ira t-on au nom de l'islamophobie ?
Sans surprise, nous venons d'apprendre que la cour d'appel a annulé et rétablit une union que pourtant deux adultes consentants ne voulaient plus ici. Une décision qui avalise et légalise le mariage forcé en France si vous êtes de confession musulman tout en admettant le mensonge non plus comme un vice, mais un moyen légal, pour atteindre son objectif.
Nous rappelions dans un précédent billet* que, toute la chienlit déclenchée par cette histoire somme toute banale ne tient qu'à une motivation: l'islamophobie primaire des tenants de la théorie de la disparition de la France "souchienne" par l'islam. Comment comprendre que deux volontés qui se manifestent pour mettre fin à un contrat signé sous le sceau du mensonge soient contraintes de s'unir parce que les médias et quelques personnes prétextant défendre la femme musulmane s'y collent avec des arguments fallacieux ? Une fois de plus, le bon sens vient d'être frappé de plein fouet par ce que l'humanité a d'intarissable : la haine.
Si la virginité n'est pas une qualité essentielle pour annuler un mariage, le mensonge lui visiblement est un argument essentiel pour le contracter.
Encore une contradiction admise qui, parce qu'elle agresse ceux que l'on considère comme dangereux pour la nation française, passe comme lettre à la poste.
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Elouise Cobell et la dette due aux Indiens, par Corine Lesnes
Dans la salle d'audience, sa veste en soie jaune tranche sur les costumes sombres des avocats. Elouise Cobell a le regard combatif. Au nom de la nation Blackfeet du Montana, elle a porté plainte en 1996 contre le gouvernement des Etats-Unis pour spoliation. "Jamais l'argent d'une autre race n'aurait été traité comme cela", déplore-t-elle.
Après 12 ans de procédures, la phase finale du procès vient de commencer devant le tribunal fédéral de Washington. 400 000 plaignants, représentant 300 tribus, demandent des comptes. Ils veulent savoir ce que sont devenus les milliards de dollars de royalties que le gouvernement a négligé de leur verser. L'enquête a fait apparaître un désastre comptable, une sorte de Katrina bureaucratique. Les Indiens réclament 58 milliards de dollars. L'administration conteste ce chiffre, mais elle a égaré les documents qui auraient pu permettre de le réfuter...
Sans Elouise Cobell, le procès n'aurait probablement jamais eu lieu. Petite fille, elle se souvient d'avoir entendu les anciens s'interroger sur le Trust Fund, le fonds créé au XIXe siècle pour gérer les terres des tribus. A l'époque, le Congrès s'était mis en tête de transformer les Indiens en agriculteurs. En 1887, une loi a organisé le découpage des réserves en lots de 160 acres. Comme les Indiens étaient considérés comme "incapables" de gérer leurs biens eux-mêmes, la tâche a été confiée au gouvernement. Aujourd'hui, les terres ont été morcelées par les héritages, mais le système perdure. Le département du Trésor encaisse les revenus. Le ministère de l'intérieur redistribue l'argent.
Du plus loin qu'elle se souvienne, la contradiction a intrigué Elouise Cobell. Pourquoi sa famille était-elle si pauvre, alors que les terres de la tribu étaient exploitées par des ranchers, des compagnies pétrolières ou des forestiers ? Elle est allée à l'université du Montana et elle a étudié la comptabilité. A son retour, elle a été désignée trésorière de sa tribu. Un jour, elle s'est enhardie jusqu'à demander des comptes au Bureau des affaires indiennes. "Mon rêve était d'acheter une nouvelle robe à ma mère", dit-elle. Le fonctionnaire a répondu comme si rien n'avait jamais changé. "Vous devriez apprendre à lire les comptes."
Piquée, Elouise Cobell a commencé à enquêter. Les familles ne recevaient jamais de relevés. Certaines années, elles touchaient un chèque, d'autres, pas, sans aucune raison. La plainte a permis de mettre au jour toutes sortes d'anomalies. Quand un Navajo touchait 9 dollars par tronçon pour le passage d'un pipeline, un non-Indien percevait 140 dollars. Le gouvernement a profité de l'argent indien non redistribué. Il a servi pour aider New York à sortir de la crise financière dans les années 1970, pour réduire la dette nationale...
Le premier juge chargé du dossier, Royce Lamberth, un magistrat nommé par Ronald Reagan, a progressivement perdu patience. Alors qu'il ordonnait à l'Intérieur de reconstituer la comptabilité, et que les fonctionnaires affirmaient chercher énergiquement les documents, il est apparu que 162 cartons de relevés venaient d'être passés au broyeur dans un entrepôt du ministère du Trésor... Le magistrat a condamné deux ministres pour outrage à la Cour et leur a infligé une amende de 625 000 dollars (qui ont été payés par le contribuable). Il a coupé pendant plusieurs années l'accès à l'Internet du Bureau des affaires indiennes... En 2005, il a comparé le ministère de l'intérieur au "sous-produit d'un gouvernement raciste et impérialiste qui aurait dû être enterré il y a un siècle". Là, le gouvernement a demandé - et obtenu - son dessaisissement pour "manque d'objectivité".
Le nouveau juge, James Robertson, a indiqué qu'il entendait mettre fin à cette saga judiciaire. Dans sa première décision, il a pris Charles Dickens comme référence, Dickens et sa Maison désolée, qui retrace la chronique d'un interminable procès. Il a déterminé que le gouvernement était incapable de rapiécer sa comptabilité, sauf à dépenser quelques milliards de plus, et qu'il valait mieux passer à l'étape suivante : le montant de l'indemnisation. Maintenant qu'il n'est plus possible de se fier aux relevés, le procès est entré dans le symbolique. Comment quantifier la dette due aux Indiens ?
Elouise Corbell ne s'est pas attardée sur Dickens. Elle est devenue banquière. Elle a fondé la Native American Bank, qui distribue des prêts dans vingt-trois tribus, et des "mini-banques", pour que les enfants apprennent très jeunes à compter. La Nation Blackfeet lui a décerné un rare honneur pour une femme : le titre de "guerrier". Elle a aussi reçu la bourse des "génies" de la prestigieuse Fondation MacArthur, ce qui l'amuse, elle "l'incapable" d'hier.
Elouise Corbell dit qu'elle trouve son inspiration à Browning, le long de la route 89, sur une colline appelée Ghost Ridge, en mémoire des fantômes. C'est là qu'ont été enterrées les cinq cents victimes de la Grande Famine de l'hiver 1883-1884. Les agents du gouvernement avaient fait venir les Indiens en leur promettant des rations. Les Blackfeet ont attendu patiemment l'arrivée de la nourriture. Ceux qui ont fait confiance au gouvernement sont morts de faim. Elouise Cobell pense qu'il est temps que la justice passe. Quant à ce jaune dont elle s'habille souvent, il lui rappelle son nom, tout simplement : Yellow Bird, arrière-arrière-petite-fille de Mountain Chief.
Source:http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/06/18/elouise-cobell-et-la-dette-due-aux-indiens-par-corine-lesnes_1059764_3232.html#ens_id=629165
