Esprits Libres: votre Magazine L'inacceptable arrogance des dirigeants d'entreprises étrangères en Afrique Noire francophone - MBOA

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La vérité est comme les fesses, on est obligé de s'asseoir avec

21 mars 2009

L'inacceptable arrogance des dirigeants d'entreprises étrangères en Afrique Noire francophone

esclavage

"Les colonialistes ne veulent pas admettre qu'un Noir soit l'égal d'un Blanc. Cette conception se manifeste dans le domaine social, dans l'échelle des salaires, dans le traitement médical, dans le logement, dans la justice et hélas, à l'Église. Quelle est alors l'âme éprise de liberté qui resterait insensible devant ce fait révoltant d'un étranger qui traite les enfants de la terre comme des hommes de seconde zone ? La doctrine coloniale n'a jamais cessé de proclamer que le Blanc est un être supérieur et que le Noir, spécialement, ne possède que des capacités limitées... Une telle façon de ne rien faire pour modérer, sauf cas exceptionnel, la discrimination raciale fait beaucoup pour renforcer notre méfiance et notre combativité" (Ruben Um Nyobé)

L’information a été publiée avant-hier dans les colonnes du quotidien Notre Voie. L’opérateur de téléphonie mobile Orange Côte d’Ivoire a reçu, en date du 16 janvier 2009, un courrier de protestation de la part du directeur général de l’Agence des Télécommunications de Côte d’Ivoire (ATCI), en charge de la régulation du secteur des télécoms, pour «comportements et propos irrévérencieux envers les institutions ivoiriennes, y compris la Présidence de la République». L’individu incriminé est le français Charles Guéret, directeur commercial d’Orange Côte d’Ivoire, qui représente le directeur général Jean-Jacques de Pins lors des réunions de l’ATCI.

Cet avertissement n’est qu’un épisode de la situation sans précédent que traverse actuellement l’opérateur de téléphonie mobile hexagonal en Côte d’Ivoire. En effet, par courrier adressé au président du conseil d’administration de l’entreprise, les délégués du personnel d’Orange Côte d’Ivoire ont fait part de leur révolte contre les méthodes de gestion et attitudes arrogantes, irrespectueuses et malhonnêtes des français Jean-Jacques de Pins, Charles Guéret et François Couturier (directeur financier). Le point de non retour a été atteint lorsque les représentants du personnel ont décidé d’interdire l’accès à tous les sites d’Orange auxdits dirigeants et ont exigé de leur conseil d’administration leur départ de Côte d’Ivoire. Petite anecdote qui reflète bien l’état d’esprit colonialiste de sieurs concernés : face à l’impossibilité d’accéder à leurs bureaux, le trio, du haut de sa bulle impérialiste, a tout naturellement requis l’aide de l’armée française pour opérer un passage en force, ce que les éléments de la force d’occupation Licorne, qui ont remplacé les bidasses du 43ème BIMA démobilisés depuis plusieurs mois, ont décliné, pas fous et peu enclins à rallumer une insurrection qui dépasserait celle de novembre 2004.

Parallèlement, le vice-président pour la région Afrique du Centre et de l’Ouest de MTN, le dénommé Christian de Faria, lui aussi ressortissant français, se permettait, suite à l’arrêté d’expulsion pris par les autorités ivoiriennes à l’encontre du directeur général de MTN Côte d’Ivoire, le Canadien Aimable Mpore, de qualifier notre pays de «république bananière», avant d’aller signer une pétition contre la décision de l’Etat de Côte d’Ivoire, devant des membres du personnel estomaqués.

Que ce soit par racisme historique, comme dans le cas des sociétés occidentales en général et françaises en particulier, ou par ignorance de l’accablant traumatisme colonial imposé par la France

et la Belgique

aux pays d’Afrique francophone depuis l'époque de l’esclavage jusqu’à nos jours, pourtant si similaire à celui vécu par les Sud-Africains pendant l’oppressif régime de l’apartheid, il est indéniable que les opérateurs économiques étrangers ne font aucun effort pour promouvoir les talents nationaux au plus haut niveau au sein de leurs filiales africaines. Cela pourrait encore être acceptable, si les dirigeants étrangers nommés disposaient des compétences requises et nécessaires. Hélas ! Les critères de recrutement semblent plus être leur adhésion au colonial système françafricain ou leur racisme génétique que leurs qualifications professionnelles, leurs aptitudes techniques ou leur leadership. Et lorsque, une fois tous les trente-six du mois, il leur arrive de nommer un Noir à un poste de direction, ils sont suffisamment pernicieux, dans la plupart des cas, pour s’assurer qu’il ait soit fait allégeance à leurs objectifs de prédation économique, soit une tendance accrue à l’escroquerie, afin de disposer de moyens de pression sur lui, le cas échéant.

Si cet état de choses est à déplorer, il n’en demeure pas moins qu’il est facilité et encouragé par l’apathie de certains gouvernements africains, dans la plupart des cas des anciennes colonies françaises. Et cet attentisme complice et criminel contribue non seulement à annihiler les perspectives de développement des pays concernés, mais surtout l’émergence d’une classe moyenne et d’un capitalisme national solides. Comment un pays comme le Cameroun, qui dispose des textes relatifs à la nationalisation des cadres, peut-il autoriser des multinationales à employer des expatriés aux mêmes postes pendant cinq, six, voire dix ans, sans s’assurer qu’un transfert de savoir ou de compétences soit effectué au plus tard dans les trois années suivant l’arrivée de l’expatrié ? Comment les Etats concernés peuvent-ils permettre qu’une entreprise sud-africaine, elle-même créée grâce à la politique du Black Economic Empowerment (BEE) mise en place pour corriger les ravages et discriminations causées par l’apartheid, puisse, dans dix pays où elle est présente en Afrique centrale et de l’Ouest, n’avoir qu’un seul directeur général issu du terroir ? Est-il admissible que la législation ivoirienne ne dispose pas d’une obligation, pour tout investisseur étranger, d’ouvrir son actionnariat à des nationaux ? Est-il acceptable, compte tenu du nombre d’Ivoiriens et d’Africains hautement qualifiés qui exercent en Afrique et de par le monde, qu’une position comme celle de directeur financier d’une multinationale soit, en 2009 en Côte d'Ivoire, occupée par un Gaulois aux diplômes douteux et au parcours hasardeux? Les exemples du Nigeria et du Ghana, les deux meilleures références de réussite économique et de développement dans la sous-région, qui disposent tous deux d’une législation très protectionniste envers le savoir-faire local et la promotion des talents nationaux et qui veillent particulièrement à sa très stricte application, devraient suffire à faire taire tous ceux qui craignent que ce genre de réflexion ait pour finalité de faire fuir les investisseurs étrangers et inspirer les gouvernants hésitants de l’ex pré carré impérialiste français.

Une chose est sûre : si les entreprises étrangères n’arrivent pas à adapter rapidement leur politique managériale à l’évolution de la situation politique et socio-économique des pays d’Afrique francophone,  elles devront faire face à une riposte de plus en plus radicale des autorités et populations locales: l’expulsion du fort indélicat directeur général de MTN Aimable Mpore par l’Etat de Côte d’Ivoire, la rébellion des employés d’Orange Côte d’Ivoire contre le triumvirat colonial commis par Paris pour les diriger, les protestations de l’ATCI contre les «frasques verbales» de Charles Guéret sont des signes annonciateurs d’un changement profond et irréversible. Un proverbe occidental dit que «tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse». Il semblerait bien que les colons dirigeants d’entreprise et leurs lamentables laquais locaux, dont l’arrogant et abject comportement de gouverneurs de plantations a trop longtemps été toléré, courent de plus en plus le risque de se voir renvoyés à leurs expéditeurs. Et que là où l’Etat a abdiqué ou tarde à réagir, les citoyens et salariés apparaissent bien décidés à prendre eux-mêmes les choses en main.

«Les républiques bananières» vous saluent!

Mahalia Nteby, le 18 mars 2009

Source : http://saoti.over-blog.com/

Posté par MBOA à 11:13 - VU et LU ailleurs - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    MAAFA

    Decouvrez en bd Maafa ( l'esclavage ), La cérémonie de Bwa kaiman sur http://www.djehutygraphics.net/

    Posté par Heruka, 24 mars 2009 à 13:18
  • POSTCOLONIALISME

    Cet excellent article démontre encore une fois le poids du "postcolonialisme", de la "françafrique", sur le continent africain. Quand je pense à quel point les immigrés (asiatiques, indiens, maghrébins, africains...) sont victimes de racisme à l'embauche en France... et que je vois comment les dirigeants français traitent les africains sur leur propre continent, je me dis que le monde dans lequel nous évoluons a vraiment un problème... !
    Keyshia

    Posté par Keyshia, 10 août 2009 à 22:14
  • Franacafrique ?

    Bonjour,


    Bah , d'après ce qu'on lit ces jours-ci la Chinafrique c'est bien pire.

    En tous les cas cela ne semble pas plaire plus aux Africains.

    Dommage que l'Afrique francophone ne comprenne pas l'attachement de la France et des Français pour elle , nous aurions tant besoin d'elle pour peser dans le monde globalisé ...

    Je vous laisse sur votre blog à votre pauvre haine sans issue ...

    Vous être de la ruiner votre Afrique !

    Ne vous attachez pas trop au fou de Téhéran : avant 20 ans son propre peuple l'aura pendu avec ses propres tripes.

    Et il ne vous restera rien !

    Posté par Jean., 16 octobre 2009 à 20:28
  • Ouhlalalala...

    Les nostalgiques de la coloniale l'ont mauvaise...

    L'arrivée des Chinois sur le continent de mes ancètres n'a rien de vraiment réjouissant, en soi.

    Mais visiblement elle dérange bien plus les anciens colonisateurs que les anciens colonisés (et nouveaux "néo-colonisés", si je puis me permettre)

    "Lattachement de la France a l'Afrique Francophone" est peut etre vrai...il ressemble a l'attachement du vampire pour ses victimes, ou peut etre a l'attachement du proxénète pour une de ses meilleures filles...

    C'est un attachement des plus intéressé.

    C'est un attachement qui se fait a coups d'affaire Elf, a coup "d'AngolaGate", a coups de corruption des élites, a coups de dépendance économique organisée... Fermons provisoirement le Ban.

    Et maintenant, la France fait un caca jaloux à propos de la Chine..;

    Comme si les pays Africains avaient signé un bail a vie avec la France.

    Il n'y a pas qu'a propos de la Chine qu'il faille s'inquieter= le Bresil développe ses échanges avec les pays africains (et pas seulement les Lusophones), tout comme le Vénézuela ou l'Inde.

    Enorme avantage de cette coopération Sud Sud : sans etre idéale, elle tourne le dos avec les sales habitudes du "pré carré". La condescendance n'est plus de mise, bien au contraire: les pays du Sud savent ce qu'a été le colonialisme, et ce qu'est le néo colonialisme...

    Alors, la France peut pleurer...ou alors changer sa façon de faire en Afrique.

    La premiere solution est celle qui se manifeste le plus dans les médias...et dans les jérémiades des mélancoliques de la défunte grandeur de l'Empire!

    Posté par pipal, 11 juin 2010 à 05:12

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